Accueil » Village » Le Château d’Acquigny

Le Château d’Acquigny

L’architecte Philibert de l´Orme s´inspira de l’amour éternel de Anne de Montmorency Laval, cousine du roi de France Henri II, pour son époux, Louis de Silly, Seigneur de la Roche-Guyon, pour construire le château sur le plan de leurs quatre initiales entrelacées A.L.L.S.

En 1499, Guillaume Ier le Roux fut nommé conseiller à l’Echiquier de Normandie, devenu Parlement de Normandie en 1515. Guillaume II le Roux en achète aussitôt la charge de Président. Ce furent les premiers d’une lignée continue de parlementaires jusqu’à la dissolution du Parlement en 1791.

Le parc à la française, deux fois plus grand que le parc romantique actuel, était centré à la fois sur l’axe de symétrie du château qui est la diagonale sud-est/nord-ouest des fossés de l’ancienne forteresse. L’allée centrale du parc conservait la perspective historique qui permettait de surveiller la navigation sur l’Eure et demeure encore de nos jours. Le parc à la française comme aujourd’hui le parc romantique suivait la vallée d’Eure et épousait le paysage environnant. Une broderie de parterres de fleurs était dessinée devant la partie noble du château. Un axe de ce parc dont il subsiste le grand miroir aboutissait perpendiculairement à l’église. Monsieur d’Acquigny le restaura et le développa en construisant les murs du potager ainsi que l’orangerie.

En 1643, les Gondi, descendants de Louis de Silly et d’Anne de Laval, vendirent le château d’Acquigny à Anne le Blanc du Rollet, proche du duc de Longueville prince royal et Gouverneur de Normandie dont l’épouse essaya sans succès de soulever la Normandie lors de la Fronde.

Célèbre frondeuse, la duchesse de Longueville fut assignée à résidence à Acquigny entre 1653 et 1656 avant d’être autorisée à revenir à la cour en 1656. Dans un poème satirique écrit en 1655, « La métamorphose de nymphes des bois d’Acquigny en truites saumonées », l’Abbé Nicolas Piedevant fait allusion à la réconciliation du duc et de la duchesse de Longueville qui eut lieu à Acquigny en 1654.

Le château est acheté par Claude le Roux, seigneur de Becdal, de Cambremont et du Mesnil Jourdain, et conseiller au Parlement de Normandie. Il avait épousé le 12 août 1644 Madeleine de Tournebu, petite-fille de Nicolas de Dreux, prince de sang royal, et héritière de la baronnie d’Esneval et du Vidamé de Normandie.

Président à Mortier au Parlement de Normandie (1741-1770), Monsieur d’Acquigny fut surnommé par l’Abbé Cochet « le plus saint bâtisseur d’église du XVIIIème siècle » pour sa profonde piété et son vaste programme de construction d’édifices religieux en Normandie.

 Le Président d’Esneval (1747-1791), Président à mortier au Parlement de Normandie et  botaniste, fit redessiner le parc romantique tout en courbe. Cependant la Révolution Française et sa mort arrêtèrent ses projets. Et c’est son second fils, Ange Robert, maire d’Acquigny (1801-1812), qui reprit les travaux engagés en terminant l’aménagement de la rivière serpentine, du chemin de roches et de la grande cascade, tout en continuant les plantations.
Dans le grand mouvement de restauration monumentale du dix-neuvième siècle, Zénaïde d’Esneval, comtesse du Manoir, chargea Félix Duban d’aménager vers 1830 l’intérieur du château afin de le mettre au goût du jour. La totalité du décor Renaissance fut malheureusement démontée. Des pilastres du premier quart du XVIème siècle avec des décors sculptés d’atelier franco-italien composés d’une ornementation constituée de candélabres, vases, feuilles, guirlandes, oiseaux, dragons, lézards sont exposés au musée des Beaux-arts de Lyon. De plus, la cheminée et les boiseries Renaissance de la chambre d’Anne de Laval se trouvent à Waddesdon Manor au nord de Londres, ancien château des Rothschild légué au National Trust.
Fils de Zénaïde le Roux d’Esneval, Comtesse du Manoir, Roger du Manoir fréquentait  l’atelier de la Barrière de Clichy. Il fut avec Le Gray et Nadar un des membres fondateurs de la Société française de photographie en 1854 où il exposa certaines de ses études sur papier salé en 1857.
Le château et le parc ont été occupés successivement par des troupes anglaises, allemandes, russes (armée Vlassov), américaines, anglaises et canadiennes. Ces régiments étaient équipés de chars d’assaut et automitrailleuses qui dévastèrent le parc. L’intérieur du château ne fut pas épargné, au lendemain de la guerre, faute de carreaux aux fenêtres, on chassait les lapins dans les salons.

Dès 1942 Roger d’Esneval participa à un réseau de résistance axé sur la fourniture de renseignements aux alliés notamment sur le transport des troupes sur les lignes de chemin de fer de Rouen et de Caen de concert avec son frère Pierre, le général d’Esneval, connu sous le nom de guerre et d’écrivain « Jacques d’Infreville », qui était à Londres.

A partir de 1943 le réseau participa au sauvetage des aviateurs alliés dont les avions étaient abattus par la DCA et à leur acheminement vers Londres par les lysanders qui atterrissaient de nuit sur les plateaux voisins.

La Seconde Guerre Mondiale terminée, le château fut libéré à Noël 1945. Roger d’Esneval entreprit aussitôt des travaux d’urgence : la réfection des allées transformées en bourbier et la mise hors d’eau du château. Il put s’installer dans des conditions sommaires avec sa famille dans quelques pièces du château au mois de juin 1947.

Bertrand d’Esneval, fils aîné de Roger, prend la gestion du domaine en 1983 et engage rapidement la restauration des anciens logements de service.

Dès le début des années 1990, de grands travaux de restauration en vue de l’ouverture au public furent engagés. Cette ouverture intervint très progressivement de 1989 à 2002. De quelques journées par an, le parc et les jardins sont aujourd’hui ouverts plus de 110 jours au public et tous les jours pour les groupes afin de faire partager aux visiteurs l’émotion et la beauté qui se dégagent de ce rare et bel ensemble.


Login